Renaissance Media – Mali

Mali Ko… : Quand le Mali chante pour se dire et se reconstruire

Il est des chansons qu’on n’oublie jamais. Parce qu’elles racontent une époque, un combat, un rêve partagé. Parce qu’elles ont bercé des enfances, soigné des blessures, éveillé des consciences. Au Mali, la musique a toujours été cela : une forme de chronique nationale, un fil entre les générations, une caisse de résonance des douleurs et des espoirs.

C’est cette mémoire sonore que le projet Mali Ko… (Le Mali dit…) entend raviver, avec la force du collectif et la fraîcheur des voix nouvelles. Onze villes, cinq jeunes artistes, dix-neuf chansons revisitées, une série télé, des spectacles dans les stades… De juin à décembre 2025, ce programme ambitieux conjugue patrimoine et modernité, territoire et télé, création artistique et engagement citoyen.

Une conversation entre les générations

« Le Mali doit se dire avec les voix d’aujourd’hui », explique Abdou Guitteye, directeur d’Africa Scène et coordonnateur général du projet. Pour lui, Mali Ko… n’est ni une nostalgie, ni un divertissement de plus. C’est une réponse artistique à une urgence sociale : la perte de repères chez une jeunesse en quête d’identité et de perspectives.

« Nos jeunes n’écoutent plus nos musiques anciennes, non pas parce qu’elles sont dépassées, mais parce qu’elles ne leur sont plus proposées dans un langage qui les touche. Nous voulons recréer ce lien. »

C’est ainsi qu’est née l’idée de confier ces chansons du passé à des artistes d’aujourd’hui. Malakey, Young BG, Dr KEB, Black AD, Maimouna Soumbounou… cinq étoiles montantes du paysage musical malien, chacun avec son style, son histoire, son ancrage. Ensemble, ils vont réinterpréter des classiques comme Mali Twist, Tassidoni, Bi furu ou encore Mamaya, en y injectant leurs rythmes, leurs mots, leur vérité.

Une scène, une ville, un souffle nouveau

La force de Mali Ko…, c’est aussi sa capacité à sortir la culture des centres urbains classiques. De Tombouctou à Kayes, en passant par Koutiala, San, Bougouni ou Kita, chaque ville sera le théâtre d’un événement unique : un spectacle musical de 1h30, mêlant performances live, scénographies immersives et mise en récit locale.

Pour Alioune Ifra Ndiaye, metteur en scène et fondateur de l’Espace Culturel Blonba, il ne s’agit pas simplement de reproduire un concert : « Nous voulons faire de chaque étape une célébration populaire et un moment de transmission. Le spectacle n’est pas là pour plaire, il est là pour dire. Dire qui nous sommes, ce que nous avons traversé, et où nous voulons aller. »

Cette parole scénique sera prolongée par une série télévisée de 40 magazines de 26 minutes et 10 talk-shows de 90 minutes, diffusés à la télévision nationale et sur les réseaux sociaux. Entre coulisses, répétitions, rencontres et débats, la caméra s’invitera au cœur du processus créatif et des réalités locales. Un journal de bord culturel, en somme, pour que l’histoire ne se vive pas seulement, mais se partage.

Un projet populaire, citoyen et vivant

Avec un budget prévisionnel de 150 millions de francs CFA, soutenu notamment par le Ministère de la Culture et le programme Donko ni Maaya (GIZ), Mali Ko… s’inscrit pleinement dans la dynamique de « 2025, année de la culture » proclamée par les autorités maliennes.

Mais au-delà des chiffres 150 000 spectateurs attendus, 3 millions de téléspectateurs, un million de followers espérés , c’est bien l’élan symbolique qui compte : réaffirmer que la culture est une arme de reconstruction, un moteur de paix, un outil de souveraineté.

« Dans le contexte que traverse notre pays, redonner à la musique sa fonction sociale est un acte fort », souligne Abdou Guitteye.

Mali Ko… ou la promesse d’un pays qui se raconte

Alors que les défis se multiplient, que les lignes de fracture menacent la cohésion sociale, Mali Ko… apparaît comme une invitation à l’écoute mutuelle, à la revalorisation des héritages, à la mise en récit de soi par soi. Un chant à plusieurs voix, qui refuse l’amnésie et mise sur la jeunesse pour prolonger l’histoire.

Oui, le Mali dit. Il dit sa fierté, ses blessures, sa beauté et ses combats. Et surtout, il choisit de ne pas se taire.

Rédacteur/trice:

Partage cet article: