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Investir dans l’eau pour la paix : le Mali, la Mauritanie et le Sénégal misent sur une coopération transfrontalière durable

Ce lundi à Kayes, autorités administratives, techniques et coutumières, partenaires des Nations Unies et acteurs locaux se sont réunis pour adapter les orientations régionales du programme aux réalités spécifiques des zones frontalières maliennes. Cette étape marque un tournant : celui de l’appropriation locale d’un projet qui ambitionne de transformer les défis liés à l’eau en opportunités de coopération.

Un financement de 7 millions de dollars pour trois pays

Financée à hauteur de 7 millions de dollars américains par le Fonds pour la consolidation de la paix (PBF), soit environ 4 milliards de FCFA, l’initiative consacrera 2,5 millions de dollars au Mali. Elle sera mise en œuvre sur une période de 24 mois sous le leadership du Gouvernement du Mali, conjointement par l’UNICEF et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) dans les trois pays partenaires.

Le projet cible les zones frontalières particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique et à la raréfaction des ressources en eau : Guidimakha, Gorgol, Assaba et Hodh El Gharbi en Mauritanie ; Kayes et Nioro au Mali ; Tambacounda, Matam et Kédougou au Sénégal.

L’eau comme levier de paix

Dans un contexte marqué par la croissance démographique, l’intensification des sécheresses et la mobilité accrue des populations transhumantes, l’accès à l’eau devient un facteur déterminant de stabilité ou de conflit. Les tensions entre communautés sédentaires et mobiles autour des points d’eau se multiplient, accentuant la fragilité sociale des zones frontalières.

« La gestion durable et concertée des ressources en eau dans un contexte de changement climatique n’est plus une option, c’est une nécessité impérieuse », a déclaré Moussa Bilane, représentant du Gouvernement du Mali, lors du lancement interpays à Nouakchott.

Au-delà des infrastructures, le projet adopte une approche intégrée. Il prévoit la construction et la réhabilitation d’ouvrages hydrauliques résilients, le renforcement des mécanismes communautaires de prévention et de gestion des conflits liés à l’eau, ainsi que la mise en place de systèmes d’alerte précoce pour anticiper les chocs climatiques.

Plus de 150 000 bénéficiaires directs

Au total, plus de 151 000 personnes – femmes, enfants, jeunes et populations transhumantes – bénéficieront directement des interventions. Plus de 535 000 autres habitants des zones frontalières profiteront indirectement des retombées du projet.

Une attention particulière sera accordée à la participation des femmes et des jeunes dans les instances locales de gouvernance de l’eau et dans les cadres de dialogue communautaire, afin de promouvoir une gestion inclusive et partagée des ressources naturelles.

Une coopération régionale renforcée

Fruit d’un processus consultatif approfondi mené dans les trois pays, le projet sera mis en œuvre en synergie avec les autorités nationales et locales, les organisations communautaires et les acteurs régionaux, notamment l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), pilier historique de la coopération autour du bassin du fleuve Sénégal.

À Kayes, cette dynamique d’appropriation locale traduit la volonté d’inscrire durablement l’initiative dans les réalités du terrain. Pour les partenaires, l’enjeu dépasse la simple question hydraulique : il s’agit de consolider la cohésion sociale, de prévenir les conflits et de bâtir, à partir de l’eau, un socle commun de stabilité dans un espace transfrontalier stratégique du Sahel.

Dans une région où les frontières sont poreuses et les défis partagés, investir dans l’eau revient ainsi à investir dans la paix.

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