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Le grand bluff du retour de l’imam Mahmoud Dicko : Entre stratégie et confusion

Pourquoi ce retour a-t-il été annulé ? La version officielle avancée par la Commission des soutiens de l’imam évoque des « sollicitations de personnalités influentes » et un dispositif sécuritaire démesuré qui aurait poussé à privilégier l’unité nationale. Mais en creusant, on perçoit une réalité plus trouble : un affrontement latent entre un pouvoir soucieux de préserver son autorité et une figure religieuse dont l’aura dépasse largement le cadre spirituel.

Mahmoud Dicko, autrefois proche des autorités, est devenu un acteur incontournable du paysage politique malien. Son exil prolongé en Algérie, où il aurait été en contact avec des groupes armés du Nord, n’a fait qu’alimenter les spéculations sur ses intentions réelles et sa place dans l’échiquier politique national. En témoigne la réaction des autorités de transition, qui semblent voir en son retour une potentielle source de déstabilisation. Le dispositif sécuritaire mis en place en amont de son arrivée n’avait rien d’anodin : il traduisait une volonté claire d’empêcher toute démonstration de force de ses partisans.

Mais si les autorités ont marqué un point en entravant ce retour, elles n’ont pas éteint la ferveur populaire qui entoure l’imam. Au contraire, ce report avorté risque d’attiser davantage les tensions et d’alimenter un sentiment d’injustice parmi ses soutiens. L’absence de transparence autour de cette affaire, le silence du porte-parole de la commission d’organisation et les déclarations contradictoires des acteurs impliqués renforcent l’impression d’un imbroglio politico-religieux dont personne ne semble réellement maîtriser l’issue.

Alors, que faut-il attendre maintenant ? Dicko reviendra-t-il par surprise ou négociera-t-il son retour dans un cadre plus apaisé ? Les autorités de transition chercheront-elles à désamorcer cette tension par le dialogue ou opteront-elles pour une fermeté accrue ?

Une chose est sûre : ce bras de fer est loin d’être terminé. Le report du retour de Mahmoud Dicko n’est peut-être qu’un coup d’arrêt temporaire, mais il laisse entrevoir une recomposition des rapports de force au sein de la transition malienne. Reste à savoir qui, du pouvoir ou de l’imam, réussira à mieux manœuvrer dans cette partie de poker politique où chaque coup compte.

Barke Cissé

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